Lorsqu’ils ont vu germer les blessures pourries,
les rancunes moisies et les sources taries,
atteints en pleine terre par les armes du mépris,
labourés sans ardeur, aigris et dénantis,
nos champs endoloris, travestis de terreur,
envahis par la peur et par l’ennui pétris,
sont prisonniers du gel sanglant de nos insultes,
glacés par la violence de leurs fiévreux tumultes.
Lorsqu’un rai de lumière passe le seuil des haines,
il ne peut que blanchir les cadavres des scènes,
noyer les braises fumantes des dernières querelles,
laissant aux cendres puantes une allure immortelle.
Charnier désabusé, mouroir en demi-teinte
où l’amour avait cru, mortifié par la crainte,
être soldat vaillant d’une guerre très sainte
qu’il finirait un jour par gagner par la feinte.
Les années ont passé, l’espoir s’est désossé,
l’illusion s’est éteinte et les chaînes ont cassé.
On se retrouve transis sur le bord du fossé,
étourdis, assommés, profondément blessés.
Le temps… qui s’écoule si blème,
est-il fruit du cauchemard ou graine que le rêve sème?
Appartient-il à celle qu’on nomme réalité
assortie de sa soi-disante validité?
Brisé est le miroir où les êtres
avaient cru bon graver dans le creux de leur main
la promesse d’un destin qui mènerait vers demain,
avec pour compagnon l’enthousiasme et l’envie.
Rien ne sert de penser, tout se brouille et s’estompe.
La réflexion fanée meurtrit, détruit et trompe.
La révolte gronde comme un violent orage.
On l’attend, elle frappera et puis s’éloignera.
Elle décimera des troncs, abattra les maisons,
éventrant l’air du temps de souffles insolents,
et puis nous laissera l’infini en jachère,
de silence en carence, d’essence en pas de danse.
